Que nous servira d’avoir du bien

« Que nous servira d’avoir du bien, s’il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d’en jouir? et si pour m’entretenir même, il faut que maintenant je m’engage de tous côtés; si je suis réduit avec vous à chercher tous les jours le secours des marchands, pour avoir moyen de porter des habits raisonnables?. »
L’Avare, I, 2

La même question philosophique a été formulée dans le sermon « Sur l’avarice et l’attachement des biens » de Claude Joly (1610-1678), curé de la paroisse parisienne de Saint-Nicolas-des-Champs (1)

 

L’idée selon laquelle les avares économisent des grosses sommes d’argent sans en faire vraiment usage est non seulement évoquée

– à la scène 8 de l’acte I de La Belle Plaideuse (1655) de Boisrobert (2)
– dans la fable « L’Avare qui a perdu son trésor » de Jean de La Fontaine, publiée le 31 mars 1668 dans le recueil des Fables choisies (3)

 

mais aussi dans une petite histoire intitulée Commentaire sur la Lésine, ou l’Histoire véritable du Capitaine de la Sablonnière (1660) (4)

 

On la retrouve également

– dans le « petit traité » « De la libéralité et de ce qui lui est contraire » (Petits traités en forme de lettres, 1647) de La Mothe le Vayer (5)
– dans la conversation morale « De l’avarice » des (Conversations morales, 1686) de Madeleine de Scudéry (6)

 

 


 

(1)

Le premier moyen dont il faut vous servir est une profonde et une sérieuse méditation sur deux ou trois choses. La première: Je suis venu au monde tout nu, j’en sortirai; que me servira d’avoir tant de biens entre ces deux nuditées: entre la nudité de ma naissance, et la nudité de ma mort? La vie est si courte, l’heure de ma mort est si incertaine! Je crois vivre longtemps , et peut-être mourrai-je demain? Je crois amasser du bien pour plusieurs années, et l’on me dira peut-être dès aujourd’hui ce que l’on dit à ce riche avare de l’Evangile: Stulte, hac nocte repetent animam tuam a te, et haec quae parasti cujus erunt? Fou, insensé, tu mourras peut-être cette nuit, et de quoi pour lors te serviront tes richesses?
(Sermon XCII, Sermons de M. Joly, évêque d’Agen, 1702, in Collection intégrale et universelle des orateurs sacrés publiés par l’abbé Migne, 1844-1866, t. XXXII, p. 1275.)

 

(2)

A quoi diable me sert une épargne si folle ?
Si ce qu’on prête ailleurs, je sens qu’on me le vole,
Moi qui vivrais en roi des usures qu’on perd,
Et des écus moisis que l’on met à couvert ?
Que j’aurai grand plaisir des grands biens qu’on me garde,
Quand je serai sans dents, moi que chacun nasarde
Moi qui vis misérable et n’ai pas de crédit.
(I, 8, p. 18)

 

(3)

L’usage seulement fait la possession […]
L’homme au trésor caché qu’Esope nous propose
Servira d’exemple à la chose.
Ce malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie.
( p. 192)

 

(4)

On lui disait, quand vous en auriez autant [de richesses] que Crésus, qu’en feriez-vous ?
De bonne rentes constituées, et le reste enfermé dans mes coffres, de peur qu’on ne me les vint dérober. Quelqu’un lui dit, ce n’est pas jouir du bien, que de le serrer de la sorte […]
(t. III, p. 370)

 

(5)

Les avares sont encore pires dans l’autre extrémité, puisque, sans jamais faire du bien à personne, ni à eux-mêmes, ils tiennent toute leur vie ce qu’ils possèdent sans usage.
(Oeuvres de 1756, VI, 1, p. 248.)

 

(6)

[…] l’avarice a quelque chose de si bas, qu’on ne peut trop mépriser ceux qui en sont capables, et qui passent toute meur vie à amasser des richesses, sans en faire jamais nul usage raisonnable, ni pour leur commodité, ni pour leur plaisir, ni pour leur honneur […]
(Conversations morales, p. 690-691.)

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