Moi, rien. Tarte à la crème

« Ah! ma foi, oui, tarte à la crème ! voilà ce que j’avais remarqué tantôt; tarte à la crème ! Que je vous suis obligé, Madame, de m’avoir fait souvenir de tarte à la crème ! Y a-t-il assez de pommes en Normandie pour tarte à la crème ? Tarte à la crème, morbleu ! Tarte à la crème ! – Eh bien! que veux-tu dire: tarte à la crème ? – Parbleu ! tarte à la crème, Chevalier. – Mais encore ? – Tarte à la crème ! – Dis-nous un peu tes raisons. – Tarte à la crème ! – Mais il faut expliquer sa pensée, ce me semble. – Tarte à la crème, Madame ! – Que trouvez-vous là à redire ? – Moi, rien. Tarte à la crème ! »
La Critique de L’Ecole des femmes, sc. VI

Au tome III des Nouvelles Nouvelles (1663) de Donneau de Visé, un personnage procède de la même manière pour faire l’éloge de son madrigal :

— Voilà, dit-il, ce que l’on appelle un madrigal ! C’est un madrigal, morbleu, c’est un madrigal ! voilà comme l’on doit faire un madrigal ! voilà ce qui se doit nommer madrigal ! Plusieurs croient en avoir fait, qui ne savent pas seulement ce que c’est qu’un madrigal. Aussi ce madrigal m’a-t-il beaucoup coûté. J’ai été longtemps à le faire, mais aussi ai-je l’avantage d’avoir fait un véritable madrigal. N’est-il pas vrai que c’est un madrigal ? n’y remarquez-vous pas toutes les parties d’un madrigal ? toutes les règles du madrigal n’y sont-elles pas bien observées ? Oui, oui, c’est un madrigal ! c’est un véritable madrigal ! continua-t-il, en me tirant tantôt par le bras, tantôt par mon habit, pour l’obliger à le louer. C’est un madrigal ! et vous pourrez dire aujourd’hui que vous aurez vu un madrigal.
(p. 208-209)

 

Dans La Précieuse de l’abbé de Pure, lors d’un débat autour de l’usage du mot « aimer », une femme savante a une réaction similaire :

ce fut là toute sa preuve et la force de son raisonnement. Elle ne répondit point aux petites objections que j’avais faites aux remarques de l’usage, à la manière de parler, qui sont les règles et les lois de l’empire du discours; mais elle se contenta de ces trois petits mots, et des semblants de joie qu’elle fit briller dans ses yeux et sur son visage.
(de Pure, La Précieuse, éd. Magne, t. I, p. 74)

 

On trouve un écho de cette scène de La Critique de l’Ecole des femmes dans la Zélinde (1663) de Donneau de Visé :

ORIANE.

Cela ferait le meilleur effet du monde, après l’aventure de « Tarte à la crème » arrivée depuis peu à Élomire. Je crois qu’elle lui fera dorénavant bien mal au coeur, et qu’il n’en entendra jamais parler, ni ne mettra la perruque, sans se ressouvenir qu’il ne fait pas bon jouer les Princes, et qu’ils ne sont pas si insensibles que les Marquis Turlupins.

 

ZÉLINDE.

Vous avez raison et cette aventure fait voir, que ce Prince qui blâma d’abord L’École des Femmes, avait plus de lumières que les autres.
(sc. VIII)

 

Montfleury semble s’inspirer de ce passage dans le premier intermède de L’Ambigu Comique. Au cours de cet intermède, M. Vilain, qui ne veut pas que la troupe du Marais vienne représenter L’Ambigu Comique chez lui pour ses fêtes de noces, fait une diatribe contre le théâtre et tous les genres théâtraux. Avec le temps, ses arguments deviennent de moins en moins cohérents, au point où il ne saurait plus que répéter « la Didon lardée ! » (allusion à la pièce principale, qui représente les amours de Didon et d’Énée sous forme de tragédie en trois actes, « lardée » de trois intermèdes comiques).

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