Toutes ces raisons de douces sympathies

« Cela fait assez voir que l’amour, dans les coeurs,
N’est pas, toujours, produit par un rapport d’humeurs ;
Et toutes ces raisons de douces sympathies,
Dans cet exemple-ci, se trouvent démenties. »
Le Misanthrope, IV, 1, v. 1175-1178

L’existence de « sympathies », « noeuds secrets » prédestinant certaines âmes à l’union, en vertu desquels « un premier coup d’oeil allume en nous les flammes », avait été affirmée

– à de nombreuses reprises dans Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653) (1).
– dans L’Illusion comique (1637) de Pierre Corneille (2)
– dans la tragédie de Rodogune (1647) du même Corneille (3).

 

L’idée se retrouve également dans

Alcidamie (1661) de Mlle Desjardins (4) (voir aussi: « Inclination »).
Le Pédagogue amoureux (1665) de Chevalier (5).
Le Roman bourgeois (1666) de Furetière (6).

 

ainsi que dans

Le Démêlé de l’esprit et du coeur (1667) de l’abbé de Torche (7)
Les Annales galantes (1670) de Mme de Villedieu (Mlle Desjardins) (8)
– les Entretiens d’Ariste et d’Eugène (1671) de Dominique Bouhours, qui l’associe à la définition du « je ne sais quoi » (9).

 

Cette sympathie affective ne doit pas être confondue avec « ces belles raisons de sympathie » dont se réclament les charlatans.

 

La réponse à la question d’amour « s’il peut y avoir de l’amour d’inclination entre des personnes d’humeurs et de manières toutes différentes » dans le recueil de Charles Jaulnay (1671) affirme que « ce n’est pas la sympathie qui nous fait aimer » (voir « cet étrange choix où votre coeur s’engage »).

 

Le terme sera repris dans L’Amour médecin pour une plaisanterie sur les rapports entre « le père et la fille ».

 

 


 

(1)

Mais, à vous dire la vérité, mon coeur avait déjà plus d’intelligence que je ne croyais avec Télésile: et il faut certainement qu’il y ait quelque puissante sympathie, qui nous force à aimer en un moment, ce que nous devons aimer toute notre vie.
(III, 1, p. 1443)

 

S’il est vrai, interrompit Ligdamis, que l’amour soit un effet d’une puissante sympathie, plutôt que d’une connaissance parfaite, il est certain qu’il y a moins de sujet de s’étonner, de voir que l’on aime dès le premier instant ce que l’on est forcé d’aimer malgré soi, que de remarquer qu’il y ait des gens qui n’aiment que longtemps après avoir vu les personnes pour qui ils ont cette inclination secrète ; quoique j’aie ouï dire que cela est arrivé quelquefois.
(IV, 3, p. 2552)

 

Mais Chersias, ajouta-t-il, j’ai bien des raison plus fortes à dire ; car enfin, comme je suis persuadé que la cause la plus essentielle de l’amour est cette liaison invisible, qui attache si fortement les coeurs, et qu’on appelle sympathie, je le suis aussi que cette sympathie ne peut jamais finir, puisque nous voyons que toutes les inclinations naturelles ne changent jamais, soit parmi les choses inanimées, soit parmi les animaux, soit parmi les hommes.
(IX, 2, p. 6296)

 

(2)

Il [le Ciel] attache ici bas avec des sympathies
Les âmes que son choix a là-haut assorties.
(L’Illusion comique, III, 1)

 

(3)

Il est des noeuds secrets, il est des sympathies,
Dont par le doux rapport les âmes assorties
S’attachent l’une à l’autre, et se laissent piquer
Par ces je ne sais quoi, qu’on ne peut expliquer.
(Rodogune, I, 5, v. 359-362)

 

(4)

[…] jamais l’aigreur et la contradiction ne se mêlent dans un commerce que la sympathie établit […]
(Ière partie, livre II, édition de 1720, p. 181)

 

(5)

Quoique les qualités ne soient pas assorties
Les deux coeurs bien souvent le sont par sympathies,
Si bien que quand ce dieu prend empire sur nous,
Quoiqu’on soit inégaux, l’amour n’est pas moins doux.
(Le Pédagogue amoureux, I, 5, p. 13)

 

(6)

Il demeura d’accord que tout l’honneur était dû au hasard, qui avait fait rencontrer ensemble deux personnes dont les visages et les humeurs avaient tant de rapport et de sympathie qu’ils semblaient nés l’un pour l’autre.
(Le Roman bourgeois [1666], éd. E. Colombey, 1881, p. 181)

 

(7)

C’est cette heureuse rencontre qui fait naître l’inclination de laquelle nous parlons et qui paraissait à la tête du parti du coeur. De là viennent ces noeuds secrets et cette douce sympathie qui a tant de pouvoir sur les âmes qu’elle ne manque jamais de les attirer.
(p. 26)

 

(8)

Et si j’ose en croire vos regards obligeants, n’avez-vous pas été sensible d’abord à l’amour que vous avez fait naître? Croyez-moi, Madame, cette sympathie est un effet de l’Etoile; jamais elle n’aurait agi en moi pour tout autre que pour vous; Je veux croire qu’elle n’aurait pas agi en vous pour tout autre que pour moi. Mais c’est que nous sommes nés pour nous aimer, la rencontre des Astres l’ordonne de la sorte; et il nous est impossible de résister à notre destinée. Sans mentir, reprit la Comtesse avec un soupir, cette destinée a pris un chemin bien détourné pour parvenir où elle voulait aller, et elle se serait bien passée de me faire la femme d’un Comte Souverain de Castille, puisque j’étais née pour être la Maîtresse d’un Pèlerin.
(Edition de 1720, tome IX, p. 25)

 

(9)

Il faut nécessairement que notre amitié soit plus forte que ne sont les amitiés ordinaires, puisque toute vertueuse qu’elle est, elle fait dans nous ce que l’amour fait dans les autres. C’est-à-dire, ajouta Eugène, qu’il faut que nous soyons faits l’un pour l’autre, et qu’il y ait une étrange sympathie entre nos esprits. […] Mais ne peut-on pas dire que c’est une influence des astres, et une impression secrète de l’ascendant sous lesquels nous sommes nés? On le peut dire sans doute, répondit Ariste, et on peut dire de plus, que c’est le penchant et l’instinct du coeur; que c’est un très exquis sentiment de l’âme pour un objet qui la touche; une sympathie merveilleuse; et comme une parenté des coeurs, pour user des termes d’un bel esprit Espagnol, un parentesco de los corazones.
( p. 238-239)

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