Je ne vaux rien

« Et je ne suis rien moins, hélas! que ce qu’on pense.
Tout le monde me prend pour un homme de bien;
Mais la vérité pure, est, que je ne vaux rien. »
Le Tartuffe, III, 6 (v. 1098-1100)

L’idée que l’être humain n’est rien en comparaison de Dieu est développée :

– dans Le Combat spirituel (1589) de Lorenzo Scupoli (1)
– dans L’Imitation de Jésus-Christ (1656) de Pierre Corneille (2)

 

 


 

(1)

CHAPITRE XIX: Comment notre adversaire emploie tous les efforts, pour faire que les vertus que nous avons acquises, nous soient occasion de ruine

Pour éviter [l]es grandes chutes, il faut à l’imitation de ceux qui campent dans une plaine ou dans un vallon, d’où on ne saurait tomber plus bas, nous tenir dans une véritable et humble connaissance que de nous-mêmes nous ne sommes rien, nous ne savons rien, nous ne pouvons rien, et n’avons rien que l’éternelle damnation. Soyons toujours attentifs et fidèles à chasser loin de nous toutes les pensées qui nous peuvent tirer, pour parler ainsi, hors du retranchement de cette connaissance de nous-mêmes. Car comme elles ne peuvent être que nous ennemies, elles ne peuvent aussi que nous donner la mort ou nous blesser pour le moins bien dangereusement si elles nous tiennent à leur avantage. Mais pour nous faire mieux comprendre cette importante vérité, voici la règle qu’il nous faut tenir.
Toutes les fois que nous tournerons les yeux sur nous-mêmes, regardons-nous toujours, soit dans l’être de la nature, soit dans l’être de la grâce, avec ce qui est du nôtre seulement, et non pas avec ce qui est de Dieu en nous, et puis estimons-nous tels que nous nous trouverons en nous regardant, avec ce qui est du nôtre.
En effet, pour ce qui est de la nature, si nous nous considérons dans l’éternité avant que nous fussions au monde, nous verrons que durant cette vaste durée, nous n’avons été qu’un pur néant, qui n’avons fait, ni pu faire aucune chose pour nous donner l’être. Et si nous nous regardons après dans le temps, quand par sa seule bonté de Dieu nous avons mis au monde, et que nous lui laissions en nous ce qui est de lui, je veux dire ce soin continuel dont il nous régit, et dont il nous conserve, que reste-t-il encore en nous qu’un pur néant, je veux dire un défaut, et un besoin de toutes choses? D’où il paraît clairement, que dans ce premier être de la nature, soit avant que nous fussions, soit lors que nous avons été, nous ne trouvons d’aucun côté aucun fondement de nous estimer, ni de vouloir que les autres nous estiment […]
Pour rendre donc sincère, juste, et profitable devant Dieu la connaissance de notre bassesse et de notre malice, il ne faut seulement que nous nous reconnaissions pécheurs et misérables; mais que nous nous traitions véritablement, et que nous consentions que les autres nous traitent comme tels.
(Le Combat spirituel, composé en italien, par un serviteur de Dieu, et traduit en français, par un autre serviteur de Dieu, Paris, P. Le Petit, 1664, p. 98-102.)

 

(2)

C’ est bien alors à moi d’ avouer ma faiblesse ;
C’est à moi de penser et de dire sans cesse :
« Seigneur, je ne suis rien, je ne puis rien de moi,
Et je n’ai rien de bon, s’il ne me vient de toi.  »
Mes défauts sont si grands, mon impuissance est telle,
Qu’elle a vers le néant une pente éternelle. […]
Je ne suis qu’un néant bouffi de vanité,
Je ne suis qu’inconstance et qu’ imbécillité ;
Et quand je me demande un titre légitime
D’ où prendre quelque gloire, et chercher quelque estime,
Je vois, pour tout appui de mes plus hauts efforts,
Le néant que je suis, et le rien d’ où je sors.
(III, 60, « Que l’homme n’a rien de bon de soi-même et ne se peut glorifier d’aucune chose »)

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