Vous guérir

« Que me voulez-vous? – Vous guérir, selon l’ordre qui nous a été donné. – Me guérir? – Oui. – Parbleu je ne suis pas malade. – Mauvais signe, lorsqu’un malade ne sent pas son mal. – Je vous dis que je me porte bien. – Nous savons mieux que vous comment vous vous portez, et nous sommes médecins, qui voyons clair dans votre constitution. »
Monsieur de Pourceaugnac, I, 8

L’association entre maladie et péché, entre guérison et conversion, est un lieu commun de la parénétique.

 

On la retrouve dans les sermons de Bossuet (1) (2) (3) (4), prêchés durant les années 1660.

 

Il est également souligné explicitement dans un passage de l’essai Of the Proficience and Advancement of Learning (1605; traduction latine en 1623 ; traduction française en 1624) de Francis Bacon (5)

 

 


 

(1)

C’est ici le lieu, chrétiens, d’élever plus haut nos esprits ; et après avoir considéré le Sauveur guérissant les maladies de la chair, il faut passer à une réflexion plus spirituelle et parler de la guérison des esprits, dont celle des corps n’était que l’image. Car si vous voyez son coeur tellement ému des maux que souffrent nos corps, avec quels gémissements pensez-vous qu’il pleure les calamités de nos âmes ?
[…]
Je ne doute pas que le Fils de Dieu n’ait jugé nos âmes d’autant plus dignes de sa pitié et miséricorde, que la dignité en est plus relevée et les misères plus véritables. Et cela même m’oblige de croire que, lorsque son coeur était attendri sur les maladies dont cette chair mortelle est si cruellement tourmentée, il n’arrêtait pas sa pensée au corps; sans doute qu’il allait bien plus haut, et qu’en voyant l’effet, aussitôt il remontait à la cause qui est le péché. S’il témoigne du déplaisir de voir les infirmités de la chair, et de la joie d’y apporter le remède , c’est afin de nous faire voir que tout l’homme lui est très-cher, et que s’il aime si tendrement la partie la plus abjecte, il a des transports incroyables pour la plus noble et la plus divine . Bien plus remarquez, s’il vous plaît, ce raisonnement. C’est une chose constante qu’il ne plaignait le corps qu’à cause de l’âme , que dans toutes les maladies corporelles , il considérait le péché qui en est la source.
[…]
Dans tous ces malheurs, que voyons-nous autre chose, fidèles, car je vous en fais juges, qu’une juste punition de notre péché, d’autant qu’il était plus que juste que l’incorruptibilité abandonnât l’homme, puisqu’il ne voulait plus en jouir avec Dieu ? Ce qui étant ainsi supposé, il est très-certain que le Fils de Dieu, qui d’abord pénétrait toutes choses, quand il voyait les fièvres, les paralysies et les autres maladies corporelles , allait à la source du mal, je veux dire à cette première désobéissance.
[…]
Ah! si notre Seigneur Jésus-Christ a eu une douleur si sensible pour les moindres de tous les maux, qui sont ceux qui travaillent ce corps mortel, il n’est pas imaginable combien ardemment il a désiré de donner le remède aux péchés qui abîmaient les âmes qu’il était venu racheter, dans la dernière extrémité de misères. C’est pourquoi s’il a donné des larmes aux maux du corps, il a donné aux maladies de nos âmes jusqu’à la dernière goutte de son divin sang.
[…]
Que je m’estimerais bienheureux, si j’avais pu servir à vous faire entendre que les plus cruelles maladies sont moins que rien, si nous les comparons au venin, à la peste qu’un seul péché mortel porte dans nos âmes! Prions donc le miséricordieux Médecin qui a tant pitié de nos maux, qu’il fasse ce qu’il voudra de nos corps, pourvu qu’il sauve les âmes.
(«  Premier sermon pour le IIe dimanche de l’avent », éd. de 1862, t. VIII, p. 156-162)

 

(2)

Hommes errants, hommes vagabonds, qui vous fuyez vous-mêmes, écoutez, il est temps, la voix qui vous rappelle au dedans. Si vous vous êtes perdus par cette prodigieuse dissipation , il faut qu’un recueillement salutaire commence votre guérison . Une partie de votre mal consiste dans un certain étourdissement que le bruit du monde a causé, et dont votre tête est tout ébranlée ; il faut vous mettre à l’écart, il faut vous donner du repos. Voici le médecin qui vous dit lui-même par la bouche de son prophète : Si revertamini et quiescatis, salvi eritis ; in silentio et in spe erit fortitudo vestra :  » Si vous sortez de ce grand tumulte et que vous preniez du repos, vous serez sauvés ; et en gardant le silence, vos forces commenceront de se rétablir.  »
(«  Sermon pour le quatrième dimanche de l’Avent », éd. de 1862, t. VIII, p. 232)

 

(3)

Qui peut douter, fidèles, de la guérison de nos maladies , après ce signe que l’on nous donne? Car pour recueillir mon raisonnement, la compassion du Sauveur n’est pas une affection inutile; si elle émeut le coeur, elle sollicite le bras. Ce médecin est tout-puissant ; tout ce qui lui fait pitié, il le sauve ; tout ce qu’il plaint, il le guérit . Or nous avons appris de l’Apôtre qu’il plaint tous les maux qu’il a éprouvés. Et quels maux n’a-t-il pas voulu éprouver? Il a senti les infirmités, il les guérira ; les appréhensions, il les guérira; les ennuis, les langueurs, il les guérira ; la mortalité, il la guérira ; tous les maux, il guérira tout . Par conséquent, mes frères, espérons bien des faiblesses de notre nature.
(«  Premier Sermon pour le jour de Noêl », éd. de 1862, t. VIII, p. 255)

 

(4)

Ah ! je commence à voir clair dans l’abîme du coeur humain : ne craignons pas d’entrer jusqu’au fond à la faveur de cette lumière.
Il est donc vrai, chrétiens, qu’il y a de certaines âmes à qui l’enfer fait horreur au milieu de leurs attaches criminelles, et qui ne peuvent supporter la vue de la main de Dieu armée de ses foudres contre les pécheurs impénitents. Ce sentiment est salutaire; et pourvu qu’on le pousse où il doit aller, il dispose puissamment les coeurs à la grâce de la pénitence. Mais voici la séduction. L’âme troublée et malade, mais qui ne sent sa maladie que par son trouble , songe au trouble qui l’incommode, plutôt qu’au mal qui la presse. Cet aveuglement est étrange; mais si vous avez jamais rencontré de ces malades fâcheux qui s’emportent contre un médecin qui veut arracher la racine du mal, et qui ne lui demandent autre chose sinon qu’il apaise la douleur , vous avez vu quelque image des malheureux dont je parle. La fête avertit tous les chrétiens d’approcher des saints sacrements. S’en éloigner dans un temps si saint, c’est se condamner trop visiblement. Et en effet, chrétiens, cet éloignement est horrible. La conscience en est inquiète, et en fait hautement ses plaintes ; plusieurs ne sont pas assez endurcis pour mépriser ces reproches, ni assez forts pour oser rompre leurs liens trop doux et leurs engagements trop aimables. Ils songent au mal sensible, et ils négligent le mal effectif; ils pensent à se confesser pour apaiser les murmures, et non pour guérir les plaies de leur conscience , et moins pour se décharger du fardeau qui les accable que pour se délivrer promptement des pensées qui les importunent.
[…]
Chrétiens, que cette grâce est délicate et qu’elle veut être conservée précieusement! Si vous voulez la garder, laissez-la agir dans toute sa force. Quittez le péché et toutes ses suites, arrachez l’arbre et tous ses rejetons, guérissez la maladie avec tous ses symptômes dangereux.
(«  Troisième sermon sur les trois derniers jours de la semaine de la passion », éd. de 1862, t. IX, p. 485)

 

(5)

La noblesse de leur art mérite bien qu’ils le fassent ; fort bien ombragée par les poètes, en ce qu’ils font Aesculape fils du Soleil, l’un étant la fontaine de vie, et l’autre comme le ruisseau : mais infiniment plus honorée par l’exemple de notre Sauveur, qui a rendu le corps de l’homme l’objet de ses miracles comme l’âme était l’objet de sa doctrine. Car nous ne lisons pas que jamais il ait désiré faire des miracles pour l’honneur ou pour 1’argent, (sinon un, pour payer le tribut à César), mais seulement pour la préservation, pour le soutien et pour la guérison du corps de l’homme.
(Livre second, trad. de 1624, p. 321)

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