Un poème en forme d’acrostiche

« J’en veux faire un poème en forme d’acrostiche,
Dans les deux bouts du vers et dans chaque hémistiche. »
Les Fâcheux, III, 2 (v. 679-680)

Les prouesses de versification avaient été condamnées par La Mothe le Vayer dans son « petit traité » « De la poésie » (Derniers Petits Traités, 1660) :

Je m’étonne de ceux qui tous les jours inventent de nouvelles entraves pour se faire de la peine, surtout à l’égard de nos rimes, qu’ils veulent rendre si riches, les appelant ainsi, qu’on y voit souvent une très grande pauvreté de sens, ou du moins une gêne ou une contrainte de pensées qui fait pitié et qui travaille même leur lecteur […] l’on peut donc dire que ceux qui veulent établir des lois trop austères en cette partie tâchent d’introduire dans le temple des Muses une supersition fort préjudiciable.
(Oeuvres, Dresde, 1759, VII, 2, p. 180-181)

 

Elles avaient également fait l’objet d’une notation ironique, en tant que pratique du pédant Gastrimargue dans le Polyandre (1648) de Charles Sorel :

La marchandise dont il se charge le plus souvent est d’anagrammes et de vers irréguliers qui gardent toujours quelque sens de quelque sorte que les mots soient renversés. Mais vous croirez, s’il vous plaît, que c’est un sens fort obscur et fort bizarre. Il débite aussi des vers acrostiches où les lettres de quelques noms sont au commencement ou au milieu. Et, de vérité, l’on croit qu’il faut que son esprit fasse de merveilleuses conversions et change souvent d’assiette, pour tant de transpositions de lettres et de mots. Et qu’il aille bien aussi en rétrogradant pour faire ses vers rétrogrades, et que son entendement soit furieusement accroché dans ses vers acrostiches.
(t. II, p. 415-416)

 

De même, dans « Le Poète crotté » de Saint-Amant :

J’ai vu qu’un sonnet acrostiche
Anagrammé par l’hémistiche
Aussi bien que par les deux bouts
Passait pour miracle chez vous.
(éd. des Oeuvres de 1661, p. 228)

 

Charles Cotin, dans sa « Lettre sur la satire et le madrigal », recueillie dans ses Oeuvres galantes en prose et en vers (1663), condamne également l’ostentation ridicule des anagrammes et des acrostiches. Un de nos amis de l’Académie française s’en est ainsi expliqué en homme qui a le goût bon :

Sur le Parnasse nous tenons
Que tous ces renverseurs de noms
Ont la cervelle renversée.

(p. 462)

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