Sonnet de consolation de l’abbé d’Aubignac

François HEDELIN D’AUBIGNAC, Macarise ou la Reine des Iles fortunées, Paris, Du Breuil et Collet, 1664 (achevé d’imprimer : 29 décembre 1663)

Je vous veux bien dire à ce propos ce que fit la vertueuse Livie, l’une des plus illustres princesses de nos voisins, quand elle perdit le généreux Alcandre, dont elle était tendrement éprise. […] Livie, qui n’en était pas moins aimée qu’elle l’aimait, n’en put souffrir la séparation sans faire éclater sa douleur, et pour la cacher aux yeux du monde, elle se retira dans une solitude où son deuil n’avait point d’autre consolation que de pleurer incessamment sur le marbre qui couvrait ce grand homme. Ce qui donna sujet à l’un des plus beaux esprits de ce temps de faire ces vers.

 

SONNET

 

Pourquoi vous séparer avecque vos douleurs
Des pompes de la cour et des bruits de la ville
Et dans la solitude en cent chagrins fertile:
Redoubler dessus vous le poids de vos malheurs ?

 

Faire couler sans cesse un torrent de vos pleurs,
Troubler l’air et les eaux d’une plainte inutile,
Consumer votre coeur d’une flamme subtile,
Qui sèche autour de vous et les fruits et les fleurs ?

 

Pourquoi courir partout après l’ombre d’Alcandre,
Abandonner votre âme à ces restes de cendre,
Où la vertu fut jointe à la rigueur du sort ?

 

Car dans ce chaste sein où votre amour, Livie,
Lui pourrait conserver une seconde vie,
Votre douleur lui donne une seconde mort.

 

Le poète a fait le philosophe et, sans reprendre avec trop d’aigreur le ressentiment de cette aimable personne, il nous apprend ce que la générosité doit faire en ces douloureuses occasions.

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