La saignée la fera mourir

« Je soutiens que l’émétique la tuera. – Et moi, que la saignée la fera mourir. »
L’Amour médecin, II, 4

L’opposition entre médecine chimique et phlébotomie traditionnelle avait fait l’objet d’une notation comique dans la satire « Le médecin pédant » de Furetière (Poésies diverses, 1655) :

Mais il blâme surtout les docteurs de chimie,
Qui médisent si fort de la phlébotomie ;
Et c’est pour ce sujet qu’il traite d’écoliers,
L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.
Il dit qu’ils sont bourreaux de la nature humaine,
S’ils ne font pas ouvrir à tous moments la veine,
Qu’ainsi, quoi qu’on ait dit, en usait Galien,
Et qu’en thérapeutique il réussissait si bien,
Appliquant à tous maux cette double recette,
La fréquente saignée ou la longue diète.
( p. 5)

 

Lors de la maladie du roi de 1658, les médecins avaient fait étalage de leurs dissensions à propos de l’usage de la saignée :

Le roi est tombé malade à Mardik, d’où il a été mené à Calais. Ses médecins sont Guénaut, Valot et Daquin. On dit que le jour que Guénaut arriva, Valot avait purgé le roi dont il s’est trouvé plus mal : aussi n’y a-t-il rien de plus dangereux qu’une médecine prise trop tôt et qu’un médecin ignorant. Dès le commencement du mal, le roi n’ayant encore été saigné qu’une fois, il y eut dispute entre Valot et un autre médecin de la Cour touchant la saignée. Valot disait qu’il ne fallait point saigner ; l’autre pressait de le faire. On appela pour arbitre un tiers, qui est un médecin d’Abbeville où on l’alla quérir, nommé Monsieur du Sausoy, qui fut d’avis que le roi devait être saigné. Valot trouva mauvais cette opposition et lui dit qu’il était bien hardi. Du Sausoy lui répondit : « Monsieur, je vous connais bien et le roi a besoin d’être saigné et le doit être ; si vous ne trouvez pas bon mon avis, je ne m’en soucie pas, non plus que je ne vous tiens point capable de juger de ce différend ». Le roi fut saigné et sur cette diversité d’avis la reine dit qu’il fallait envoyer quérir Guénaut à Paris. Quelques jours après le roi demanda lui-même le médecin d’Abbeville, on le retourna quérir, il continua de traiter le roi avec les autres. On l’a saigné neuf fois en tout.
(« Lettre CXIX, 20 juillet 1658 », Lettres choisies de feu Monsieur Guy Patin, 1692, p. 272)

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