Ils viennent les retirer

Ces Dieux sont maîtres souverains
Des présents qu’ils daignent nous faire;
Ils ne les laissent dans nos mains
Qu’autant de temps qu’il peut leur plaire.
Lorsqu’ils viennent les retirer,
On n’a nul droit de murmurer
Des grâces que leur main ne veut plus nous étendre33;
Seigneur, je suis un don qu’ils ont fait à vos voeux,
Et quand par cet arrêt ils veulent me reprendre,
Ils ne vous ôtent rien que vous ne teniez d’eux,
Et c’est sans murmurer que vous devez me rendre.
Psyché, II,1, v.650-660.

Ce principe d’inspiration stoïcienne était défendu dans :

– la traduction du Manuel d’Epictète que procure Gilles Boileau au sein de son traité de La Vie d’Épictète et l’Enchiridion, ou l’Abrégé de sa philosophie (1655) (1)
– la lettre Ad Polybium de Sénèque (2)
– l’Abrégé de la philosophie de Gassendi (1684) de François Bernier (3)

 

On le trouve exprimé, par exemple, dans la « Lettre de Mr. du Bosc à Mr. le Duc de la Force, sur la mort de Madame de Turenne »(Nouvelles lettres familières, et autres sur toutes sortes de sujets , 1696) de René Milleran (4)

 

 


 

(1)

Ne dites jamais que vous ayez perdu quelque chose, mais dites toujours que vous l’avez rendue. Quand votre fils ou votre femme sont morts, ne dites pas que vous avez perdu votre fils ou votre femme, dites plutôt que vous les avez rendus à celui qui vous les avait donnés.
( p. 92)

 

(2)

Mettez donc au nombre de vos plus grands biens, d’avoir eu un si bon frère ; il ne faut pas que vous songiez combien de temps vous pouviez l’avoir ; mais combien de temps vous l’avez eu. La Nature ne vous l’avait pas vendu, non plus qu’à vous autres frères, pour en disposer à votre fantaisie, elle vous l’avait seulement prêté. Elle l’a retiré quand elle l’a jugé à propos, et n’a pas suivi votre jugement, mais ses lois inviolables. Si quelqu’un se plaignait d’avoir rendu l’argent qu’il avait emprunté, et principalement celui dont il n’aurait rien payé d’intérêt, ne serait-il pas estimé injuste ? La Nature avait donné la vie à votre frère, ainsi qu’elle vous l’a donnée ; et suivant son pouvoir et ses droits, elle a fait payer le premier celui des deux qu’il lui a plu. Ce n’est pas la Nature qui a failli, puisqu’elle sait à quelles conditions elle donne, c’est l’espérance insatiable de l’esprit humain, qui oublie d’heure en heure le pouvoir indépendant de la Nature, et ne se souvient jamais de sa fragilité que quand il en est averti. Réjouissez-vous donc d’avoir eu un si bon frère, et profitez de sa possession, bien qu’elle n’eut jamais été si longue que vous l’eussiez souhaitée. Songez que c’est une chose agréable de l’avoir possédé, et qu’il est de la condition humaine de l’avoir perdu. Il n’y a rien qui ne s’accorde si mal ensemble, et qui soit moins raisonnable, que de se plaindre de n’avoir pas possédé assez longtemps [393] un si bon frère, et de ne pas se réjouir de l’avoir autrefois possédé.
(X, 1-2, 4-5, traduction Du Ryer, 1658, p.392)

 

(3)

Que s’il semble plus fâcheux d’être privé de ce qu’on a quelquefois possédé, que de ce que l’on a n’a jamais eu, il croit que cela regarde l’ingratitude vulgaire, qui fait qu’au lieu d’avoir la joie d’en avoir joui quelque temps, l’on a du déplaisir de n’en pouvoir plus jouir; et il se consolera même d’autant plus volontiers de sa perte qu’il se représente qu’il n’a point tant perdu son fils qu’il l’a rendu à l’auteur de la Nature qui lui avait comme prêté ou mis en dépôt, non pour toujours, mais seulement pour un certain temps déterminé.
(2nde édition de 1684, t. VII, « Des Vertus », « De la perte des enfants et des amis », p. 445)

 

(4)

La perte d’une si rare personne serait capable d’abattre le confiance d’un autre que vous, Monseigneur, mais vous êtes trop éclairé pour ne pas rendre à Dieu volontairement une fille qui lui appartenait par tant de raisons. Il l’avoir faite tout visiblement pour lui ; et s’il l’avait prêtée quelque temps au monde, c’était d’une manière qui témoignait assez que son dessein était de la reprendre bientôt. En effet le monde n’en était pas digne : et il lui fallait un meilleur séjour que la terre. Les Anges descendent bien quelquefois ici-bas; mais ils n’y sont pas longtemps. Ils remontent incontinent au lieu de leur félicité et de la gloire. Il en a dû arriver autant à cette âme vraiment céleste qui a paru comme un Ange visible parmi les hommes. Après quelques jours de demeure ici-bas, il fallait qu’elle retournât dans cet éternel domicile, que Dieu lui avait préparé pour y jouir d’une parfaite béatitude. C’est cette infinie béatitude, Monseigneur, qui vous empêche fans doute de vous affliger de son départ : et la regardant comme un bien où vous aspirez, vous bénissez peut-être l’ordre de la Providence, qui a voulu faire marcher devant vous une personne qui vous était si chère, afin que vous quittiez la terre avec moins de peine.
(éd. de 1705, p.229-230 )

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