Il n’y a rien qui ne soit si utile dans un état que la musique

« MAÎTRE DE MUSIQUE : Il n’y a rien qui ne soit si utile dans un État que la musique.
MAÎTRE A DANSER : Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse.
MAÎTRE DE MUSIQUE : Sans la musique, un État ne peut subsister. »
Le Bourgeois gentilhomme I, 2

La remarque du maître à danser fait écho aux lettres patentes instituant une Académie royale de danse en mars 1661 (1). Le maître de musique, quand il affirme qu’un État ne peut subsister sans musique, emprunte son argument au IVe livre de la République de Platon. Cette idée est à son tour reprise dans les lettres patentes de novembre 1570, par lesquelles Charles IX avait institué une Académie de musique (2). Enfin, Marin Mersenne compare la politique et l’harmonie dans la Xe proposition du dernier livre de son Harmonie universelle (1636).

Il semble également que Molière se moque des auteurs de traités. Les traités de l’époque s’ouvrent conventionnellement sur une explication de l’utilité de la matière en question. Cette explication est trop souvent présentée dans des termes excessivement élogieux. Les auteurs les plus modestes énumèrent les usages pratiques de leur matière et soulignent éventuellement l’impacte de cette matière sur d’autres. C’est le cas, notamment, du Traité de la chimie de Glaser (1672), qui souligne les applications de cette science dans de nombreux domaines : la médecine, la peinture… D’autres auteurs vont jusqu’à affirmer que leur matière est indispensable à toute personne. C’est le cas, notamment, du Traité de la peinture de Catherinot (3).

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(1)

« […] l’art de la danse a toujours été reconnu l’un des plus honnêtes et plus nécessaires à former le corps et lui donner les premières et plus naturelles dispositions à toute sorte d’exercices, et entre autres à ceux des armes, et par conséquent l’un des plus avantageux et des plus utiles à notre noblesse et autres qui ont l’honneur de nous approcher, non seulement en temps de guerre dans nos armées, mais encore en temps de paix dans le divertissement de nos ballets ».
Lettres patentes du roi pour l’établissement de l’Académie Royale de Danse en la ville de Paris, Paris, Pierre le Petit, 1663, p. 3-4.

(2)

« […] il importe grandement pour les moeurs des citoyens d’une ville que la musique courante et usitée au pays soit retenue sous certaines lois, d’autant que la plupart des esprits des hommes se conforment et comportent selon qu’elle est, de façon que où la musique est désordonnée, là volontiers les moeurs sont dépravées, et où elle est bien ordonnée, là sont les hommes bien morigénés »

(3)

« On sait assez que la Peinture est divertissante, mais elle est en outre et utile et nécessaire pour conserver les visages des hommes illustres, la structure des bâtiments insignes, les plans des Villes, des places, et des maisons remarquables. Comme aussi pour connaître les plantes et les animaux, pour représenter les anatomies, pour comprendre les machines militaires, nautiques, et autres. Enfin, les Juges font faire des plans Généalogiques, et ordonnent des descriptions de lieux pour décider les procès. Ces descriptions se font en peinture, ou en bosse, en plat ou en relief, quand les visitations & descentes ne suffisent pas. On supplicie même par effigie, et par apposition de tableau, et cela s’apelle tabloter un homme. […] Il n’est point d’homme qui par conséquent ne doive savoir tout au moins crayonner & grisonner. La peinture est le langage de toutes les nations de la terre, & l’Écriture se nomme proprement peinture ».
Catherinot, Traité de la peinture, Bourges, 1687, p. 1.

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